Un mécène et collectionneur du siècle des lumières

Charles LENGLART , 

Seigneur de Lannoy et de Plancques 

Chevalier du Lys par le roi Louis XVIII le 26 juillet 1814, Trésorier de la ville de Lille, Echevin, négociant, 

futur conseiller municipal, président du canton de 1813 à 1816, 

député de la ville de Lille au sacre de Napoléon, 

conservateur du musée de Lille.

(1740-1816)

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Portrait par Heinsius

Charles était le frère de Marie Alexandrine Lenglart, épouse de Charles Louis Virnot de Lamissart, de Catherine Charlotte Lenglart épouse d’Urbain Dominique Virnot, de Marie reine Blanche Lenglart 1744-1817 épouse de Jean Chrysostome de Brigode, seigneur de Canteleu, membre de la chambre de commerce de Lille

 

Charles LENGLART s’est illustré par sa fameuse collection de tableaux et par son mécénat auprès de la dynastie de peintres : les Watteau de Lille dont il posséda un grand nombre d'oeuvres.

Il était le fils de Nicolas Hubert Lenglart, seigneur de la Motte, de Ponchel-Englier et de Lannoy, échevin de Lille et d’Alexandrine Carpentier, fille de Charles et Anne Catherine de Kerpen.
 

Il épousa Marie Anne van Nuffel, 1744-1826, fille d’,grand juge de la chambre des Tonlieux de Bruxelles, anobli par l’impératrice Marie- Thérèse en 1756 et de Marguerite Allard (petite fille de Michel Allard, peintre de leurs altesses sérénissime les archiducs Albert et Isabelle.

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Jean Baptiste van Nuffel,                                       Marie Begge d'Ancré
                                                                                            seigneur de Droosbeck et Laeken
                                                                                                            1675 1736

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                                                                      Arnolphe Goduwal Berthulphe,                             Marie Marguerite Allard,             
                                                                                       écuyer,                                               
                                                                 seigneur de Marselaer, Berent, Wyckluyse,
                                                                                    1721-1789

Voici un extrait de l’important ouvrage de Gaëtane Maës : 

Les Watteau de Lille : 

 

«  en 1766, Louis WATTEAU (1731-1798) s'installe à Lille ou on 1'a peut-être fait venir. Lors de la naissance de son sixième enfant, le 8 septembre 1766, on relève effectivement pour la première fois le nom de Charles Lenglart au titre du parrain. Cette rencontre est fondamentale pour Louis car Lenglart devient rapidement son principal client et l’appui social qu'il a vainement recherche a Valenciennes. Pour cette raison, il est nécessaire de s'arrêter un instant sur la personnalité de ce denier.

 

Ne en 1740, Charles Lenglart est a la fois le petit-fils d'un avocat au Parlement de Flandre, Grand Juge de la Chambre consulaire de Lille et 1'unique fils d'un des plus importants négociants de dentelles de Lille. A la mort de son père en 1766, il reprend I'activité paternelle a laquelle il ajoute celle de banquier. II semble avoir possédé des revenus confortables mais ne se range pas parmi les premières fortunes de la ville76. Apres une vie qui parait avoir été paisible dans l'ensemble en dépit de 1a période révolutionnaire, il meurt en 1816.

 

Quand il rencontre Louis Watteau, il n’est encore ni bourgeois de Lille (1768), ni échevin (1769) mais déjà grand amateur d'art. II a commence, depuis 1760 environ, une collection  qui devient rapidement la plus importante du nord de la France. On sait que le peintre Jacques-Louis David a fait le détour en 1781 pour la visiter en compagnie de Piat-Joseph Sauvage. Les tableaux, qui la composaient, étaient pour la plupart des écoles flamande et hollandaise79 et essentiellement des scènes de genre. II serait trop long d'établir la liste complète des artistes représentés et nous nous contenterons de citer pêle-mêle : Nicolas Berchem, Jean de Bray, Albert Cuyp, Gabriel Metsu, Godfried Schalcken, Jan Steen, Gérard Tel' Borch, Adriaen van de Velde, Jan Weenix ... pour l'Ecole hollandaise ; Ambroise et Pierre Brueghel, Gonzales Coques, David Teniers II, Rogier van der Weyden, Jan Wildens ... pour I'Ecole flamande. La peinture française est représentée par des personnalités très diverses : Louis Boilly, Sebastien Bourdon, Jean-Louis Demarne, Gabriel-François Doyen, Jacques Lajoue, Hyacinthe Rigaud. A l'intérieur des listes, on remarque que les grands maîtres n'apparaissent qu'a travers leur Ecole; c'est le cas de Rembrandt, de Rubens, de Boucher et de Fragonard. Enfin, les Italiens font figure de parents pauvres car seuls quelques grands noms sont mentionnes, sans qu'il soit aujourd'hui possible de déterminer si les attributions étaient méritées. On rencontre ainsi notamment les noms de Bellini et du Parmesan.

 

La collection comportait également des œuvres d'artistes régionaux que Charles Lenglart encouragea toute sa vie. Parmi ces derniers, on remarque les noms de Louis-Nicolas Van Blarenberghe, François Eisen,eisen Depelchin et Jean-Baptiste Dusillion qui ne sont cependant représents que par une ou deux œuvres chacun. Le cas des Watteau de Lille est tout a fait différent puisqu' a la fin du XIXe siècle, un état estimatifs de la collection après un premier partage ne mentionne pas moins de vingt tableaux et environ cent-cinquante dessins de Louis Watteau ainsi que quatre peintures et une cinquantaine de croquis de François. L'autre moitié de cet ensemble unique comprenait a peu près les mêmes quantités d'œuvres des Watteau de Lille. L'essentiel de la collection a cependant été disperse lors de trois ventes qui eurent lieu en 1879, 1902 et 1909. En dehors des inventaires prives qui res tent difficiles d'accès, le catalogue de 1'exposition Watteau organisée a Lille en 1889 par Paul Marmottan donne un bon aperçu de ce que contenait la collection Lenglart encore a cette date.

 

Apparente aux familles bourgeoises de Lille83, Charles Lenglart épouse en 1767, Marie Anne van Nuffel, issue de la noblesse bruxelloise. Sur le plan artistique, il entretient des relations avec Jacques-Louis David,david Piat-Joseph Sauvage, piat-sauvageNoel Lemire, le-mireJan Garemijn,garemijn2 Louis- Nicolas van Blarenberghe van-blarenberghe; iI est lui-même peintre amateur et se montre attentif a la vie de l’école de dessin au sein de laquelle il remplit le rôle de commissaire a partir de 1782.

En résumée, 

pour dépeindre Charles Lenglart, 

il suffit de dire qu'il est véritablement un homme du siècle des Lumières.

Sa curiosité d' amateur éclairé l' a probablement amené a faire la connaissance de Louis Watteau, ses qualités humaines l'ont conduit a lui venir en aide. 

C'est ce que confirme Pierre Grohain dans une lettre a Louis Lenglart expliquant que les hommes de talent ont toujours ete les bienvenus a Lille et dans laquelle il termine en disant : 

« C' est ainsi que les Watteau de Valenciennes ont été accueillis a Lille par Monsieur votre très honore père » (20 mai 1842).

Au rôle déterminant joue par Charles Lenglart dans l'installation de Louis Watteau a Lille, il faut ajouter les conditions favorables liées au contexte local. C'est pourquoi, il est indispensable de dépeindre celui-ci rapidement.

Lille se trouvait depuis toujours au cœur d'une région contrastée qui avait subi l'ascendant de la culture bourguignonne puis f1amande et enfin française. Au lendemain de la conquête par Louis XIV, la ville s'était agrandie et embellie et au cours de la première moitie du XVIIIe siècle, on avait vu I’ esthétique française s'installer peu a peu dans I’ architecture et la peinture. L'absence de personnalité artistique marquante devait toutefois caractériser cette période de I’ histoire de Lille. En peinture, après la mort d' Arnould de Vuez en 1720, on pouvait tout au plus citer le nom de Bernard-Joseph Wamps (Lille, 1689-id., 1744) 85 dont l'œuvre essentiellement religieuse parait aujourd'hui plutôt fade. « 

 

Un des exemples des commandes et du mécénat de Charles Lenglart:

LA ROSIERE DE SALENCI, TROIS TABLEAUX POUR LA SALLE

 A MANGER DE CHARLES LENGLART

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Les enfants de Charles et Marie Lenglart

Charles Lenglart avait sa résidence principale 11 Lille, place du Vieux-Marche-aux-Chevaux et c'est pour la salle à  manger de cette maison qu'il commande en 1779-1780, un ensemble décoratif comprenant trois tableaux. Un reçu conserve par la famille Lenglart permet de savoir que les toiles ont été achevées à l' automne 1780 car le solde est paye 11 Louis Watteau le 30 septembre mais nous ignorons cependant le montant total de la commande.

La maison d'origine ayant été détruite, nous ne savons pas dans quel cadre les sujets venaient s'insérer mais le format des toiles témoigne d'une pièce aux dimensions imposantes puisque la scène principale mesure environ trois mètres sur trois. Charles Lenglart avait retenu trois scènes tirées de la Rosière de Salenci, ce qui symbolise bien l'attrait de la bourgeoisie de 1'époque pour I’ imagerie paysanne revisitée par la littérature.

 

Notre première pensée a été que les sujets étaient issus de la comédie mêlée d'ariettes écrites par Favart (1769) ou de la pastorale de Masson de Pezay (1774) car 1'une ou 1'autre aurait pu, avec vraisemblance, être représentée à Lille avant 1780. Dans son ouvrage consacre au théâtre lillois (1907, p. 323), Léon Lefebvre indique que La rosière de Salenci a été jouée à Lille en 1783 mais il ne mentionne malheureusement pas les répertoires antérieurs 11 1780. Au demeurant, dans les deux versions théâtrales, l'intrigue est essentiellement constituée de ce qui précède le couronnement de la rosière et l'on n'y retrouve pas les scènes illustrées par Louis Watteau. Ce dernier s'est en réalité servi de la nouvelle de Billardon de Sauvigny, La Rose ou la Feste de Salency, parue dans le recueil L'innocence du premier âge en France (Paris, 1768). Il s'est plus particulièrement inspire de 1'introduction intitulée « Eclaircissements sur la fête de la Rose» et dans laquelle l'historique et le déroulement de la cérémonie sont minutieusement décrits.

Avant de voir quels moments ont été représentés, précisons que par une chance rare, l'ensemble décoratif a été préservé grâce a la vigilance des descendants Lenglart. Il constitue un témoignage unique de la production du peintre lillois au sommet de sa carrière et le situe parfaitement dans son époque et sa région. Par leurs sujets, les toiles sont, en effet, a l'image d'un gout renouvelé pour les thèmes paysans tandis que par leur traitement, elles reflètent un art mêlant tradition f1amande et esprit français. Ainsi, Louis Watteau combine harmonieusement coloris chauds et mesure de la composition.

 
Historique de la suite: Ensemble de trois tableaux commandés à Louis Watteau par Charles Lenglart pour sa salle a manger (10, place du Vieux-Chevaux, Lille) vers 1779-1780 (le solde de 342 livres de France est payé le 30 septembre 1780) ; collection Charles Lenglart (+1816), Lille; collection Louis Lenglart (+ 1866), Lille; collection Auguste Lenglart (+ 1907), Lille ; collection Prouvost ; collection Prouvost-Dehau ; dans la famille de l'actuel propriétaire depuis 1965.

 Bibliographie de la suite: Marmottan, 1889, pp. 20 a =-- p. 56 et p. 65 ; Fromentin, [1913], p. 382; Mabille :Y Poncheville, 1926, p. 222 ; id., 1928-a, pp. 33 a 37 et ;-.99. nO 35 a 37 ; id., 1928-b, pp. 256-257 ; id., 1929-b, ~ . 111-112; id., 1958, pp. 57-58, repro p. 56; Marcus, _ -6. n, pp. 13-14, n° 53 a 55; Oursel, 1991, p. 170.

NB: les reproductions en noir et blanc sont isssues des excellents ouvrages de Jean Pierre Lenglart: "les descendants de Guillaume Lenglart" de 1490 à nos jours.et de Gaëtane Maës: "Les Watteau de Lille"

 

La collection Lenglart fut largement transmise jusqu'à nos jours à leurs descendants, mais firent aussi l'objetde trois importantes ventes aux enchères dont voici l'une d'elle:

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